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  • : Je suis un "jeune" étudiant de 26 ans qui entame un PhD en épidémiologie vétérinaire à l'école vétérinaire de Nottingham. Au programme: vaches laitières et statistiques.
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Mercredi 1 mars 2006


Le virus de la grippe aviaire, aussi appelé H5N1, est très médiatique en ce moment. Les personnes qui ne mangeait plus de boeuf depuis l’ESB, ne buvait plus de lait depuis la dioxine, ne mangeait plus de porc ni de fromage depuis les cas de Listeria, ont vu l’éventail de leur choix alimentaire se réduire encore un peu plus. En attendant, si on vend moins de poulets et d'oeufs, peut-être vend-on un peu plus de journaux.

A force d’entendre parler de H5N1, j’ai voulu savoir ce que signifiait vraiment cet acronyme, car même si on me l’a plusieurs fois expliqué je ne l’ai jamais vraiment compris. Pourtant je pense qu’aborder la grippe aviaire sous cet angle permet de mieux comprendre ce qui se passe en ce moment.

 

Le virus de la grippe : c’est quoi ?


Le virus de la grippe appartient à la famille des
Orthomyxoviridés qui sont des virus à ARN enveloppés.


Le virus de la grippe : comment ça marche ?

Le virus arrive jusqu’à la cellule qu’il infecte par voie respiratoire. Il s’y fixe, y entre, se multiplie et les virions produits ressortent par bourgeonnement. A l’issue de ce cycle, la cellule infectée est souvent détruite par les cellules immunitaires cytotoxiques car elle exprime à sa surface des antigènes du virus.


H : l’hémagglutinine
 

Dans la nature, il existe 15 hémagglutinines différentes numérotées de H1 à H15. Cette protéine est composée de 2 sous unités qui doivent être clivées pour que le virus puisse infecter une cellule. Ce clivage s’effectue habituellement dans le milieu extracellulaire grâce à des protéases de l’hôte, c'est-à-dire juste avant l’infection. Certains virus H5 et H7 ont pour particularité de présenter de nombreux acides aminés basiques au niveau du site de clivage. Ceci permet le clivage de la protéine dans la cellule avant son émission et rend ces virus particulièrement pathogène.



N : la neuraminidase

La neuraminidase est elle aussi une protéine présente à la surface du virus. Il en existe 9 types différents. Son rôle est de casser la liaison entre l’hémagglutinine et l’acide sialique. En effet le virus se fixe à la cellule en s’attachant à l’acide sialique, mais lorsque, après multiplication, les virions sont émis hors de la cellule, cette liaison se produit et limite la diffusion du virus. D’autre part le mucus contient de l’acide sialique qui peut gêner le virus dans son infection.

Le Tamiflu et le Relenza sont des inhibiteurs de la neuramindase.



 

Pourquoi le virus H5N1 n’infecte-t-il que les oiseaux ?


Pour infecter une cellule, le virus doit se fixer sur l’acide sialique qu’elle présente grâce à son hémagglutinine. En fait il existe différents types d’acide sialique suivant les espèces. Toutes les espèces partageant le même acide sialique seront sensible au même virus. L’homme et les oiseaux possèdent 2 acides sialiques différents. Le virus aviaire est donc inadapté à l’homme, à la différence du porc qui possède les 2. Le porc peut donc être infecté par les virus d'origine aviaire et humaine et ainsi participer à l’émergence de virus d’origine aviaire et pouvant infecter l’homme.
Avec le H5N1, l’hémagglutinine du virus aviaire arrive quand même, bien qu’imparfaitement, à se fixer sur l’acide sialique humain. C’est pourquoi, lorsqu’un homme (ou un chat) entre en contact avec une très forte quantité de virus il est malade. Ceci est d’autant plus facile que l’homme vit en contact étroit avec des oiseaux comme c’est le cas dans les pays ou se sont déclarés les quelques centaines de cas humains.

La grande crainte du moment est que le virus aviaire s’adapte à l’homme. Au fil des mutations, ou lors de recombinaisons avec un virus humain chez un individu infecté simultanément par 2 virus, il peut apparaître des variants facilement transmissibles d’homme à homme. Cela serait catastrophique. La probabilité de ce type d’évènement est d’autant plus importante que le nombre de personnes infectées est grand.


 

Comment l’organisme se défend-il ?

 

Les anticorps anti-hémagglutinines permettent d’empêcher le virus d’infecter les cellules, tandis les anticorps anti-neuraminidase l’empêchent de se disséminer dans l’organisme. Cette réponse est protectrice, c'est-à-dire qu’elle empêche le virus d’infecter les cellules et donc de provoquer la maladie. Elle est à la base des vaccins.

Des cellules immunitaires détruisent les cellules infectées et qui présentent à leur surface des antigènes viraux. Cette réponse peut provoquer de graves dégâts lorsque beaucoup de cellules sont infectées puis détruites.


 
 

Comment le virus se maintient-il alors


Dérive antigénique

Lorsqu’une personne est infectée ou vaccinée, elle développe une réponse immunitaire qui prévient une réinfection ultérieure. Sous l’effet de légères mutations, l’hémagglutinine et parfois la neuraminidase changent et ne sont plus parfaitement reconnues par les anticorps. C’est ce qui permet au virus de réapparaître de provoquer des épidémies tous les 3–4 ans.


Cassure antigénique

Cette fois-ci, on a un changement complet de l’hémagglutinine et/ou de la neuraminidase qui ne sont plus du tout reconnues par le système immunitaire. Ce phénomène est à l’origine des pandémies. C'est ce qui pourrait se  passer avec le H5N1.

 
 
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